Le Caire à corps perdu

Roman de Khaled Osman

Avis de lecture de Christine Ferniot, critique littéraire à Télérama
 


Votre livre est passionnant à plus d'un titre.

Il donne à voir, à sentir, à comprendre un pays en même temps que son narrateur.

De la peur, de l'incompréhension, de la frénésie et une forme d'empathie et d'attachement pour une ville fascinante et multiple.

La fable, le conte y ajoutent une forme de merveilleux et de culture sensible.

En outre, l'écriture est pleine de références littéraires amenées sans lourdeur.

message à l'auteur, 30 mars 2012

Avis de lecture de Victor et Marguerite B.

 

Nous avons dévoré ce livre, il y a du suspense et les anecdotes concernant la vie au Caire sont à la fois drôles et réalistes.

Les personnages sont attachants, en particulier l'archiviste Raouf Effendi.

Nous sommes heureux de vous avoir découvert.

Ecrivez encore!

message à l'auteur, 6 décembre 2011


Avis de lecture de Nadia Roman, écrivain jeunesse

 
L'impression générale que votre lecture me laisse, c'est une grande légèreté, au sens aérien, tout en traitant de maints sujets qui sont loin de l'être (légers).

Le pédopsychiatre René Diatkine, qui a longtemps travaillé sur les vertus de la lecture pour les enfants, ce que la lecture leur permet leur transmet, dit qu'une bonne histoire est "ronde" au sens de circulaire, la fin rejoignant le début en une forme spiralaire (comme les vertus espérées de la psychanalyse en somme, à la fin, être le même autrement). Voila ce qui me vient à l'esprit en pensant à votre livre [...]

J'aime votre distance impliquée, à commencer par la nokta * (j'ai enrichi mon vocabulaire arabe!) que vous pratiquez de belle façon, et puis cette entrée sur les prénoms chargés de sens, dont vous faites un moment délicieux et plein d'humour comme on se moque de son trésor, jusqu'au choix du prénom de l'anonyme héros!

Le passage de l'apprentissage de la langue arabe introduite par le choix du livre qui en sera le vecteur est un moment émouvant, fort et juste à mon sens.
Et puis le paradoxe de l'usage [par les Chrétiens d'Egypte] de la croyance pharaonique ancienne pour mieux la détruire [...]

Je ne passerai pas sous silence vos propos (tant d'actualité) sur le choix - ou le non-choix plutôt - de l'évolution du monde, du monde oriental en particulier, du déracinement, du clivage, de sa douleur et de ses richesses aussi, telles que les langues et les gens qui les parlent. et l'enfance et la famille, celle qu'on a et celle qu'on se fait, comme dans cette pension de famille entre Escalier C et La vie mode d'emploi.[...]
Il est très beau ce nécessaire oubli de soi. Et même s'il ne dure pas une année, la lecture offre cette opportunité, sans avion/douanier/taxi, mais aussi hélas sans thé à la menthe, sans cognac ni foul**.

[Pour conclure, je] trouve que c'est un superbe roman dont la légèreté de l'écriture, l'humour et l'humanité rehaussent les propos, le regard tendre et inquiet aussi, parfois, que vous posez sur l'Egypte, le monde arabe, le monde... Une balade géographique, littéraire et introspective, où le particularisme renvoie à l'universel comme il est des bons romans!!! Bref, j'ai beaucoup aimé votre livre!


message à l'auteur, 28 octobre 2011

* Plaisanterie typiquement égyptienne mêlant sarcasme et autodérision. ** Fèves marinées


Note de lecture d'Elisabeth Lesne
(membre du prix littéraire de la Porte Dorée)

 

La quête d'identité du héros du Caire à corps perdu de Khaled Osman (Vents d'ailleurs) est encore plus radicale mais tient aussi du conte, puisque, débarquant dans la capitale égyptienne après de longues années passées en Europe, le narrateur est soudain frappé d'amnésie. La patronne et les hôtes de la pension populaire où il trouve refuge vont l'aider dans son enquête sur lui-même, au sein du joyeux chaos de la métropole et malgré la paranoïa du pouvoir de Moubarak. Parce que cet amnésique ne se souvient que des films, des poèmes et des romans qu'il a aimés, ce roman illustre l'adage: "La culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié".

sur le site de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, 27 septembre 2011

 

Note de lecture de Jessica

 

Le Caire de ce roman rappelle un peu, par son omniprésence, le rôle que jouait Bombay dans le Nocturne indien d’Antonio Tabucchi, si ce n’est que le héros n’est pas un touriste à la recherche d’un ami perdu mais un enfant du pays qui a décidé d’y retourner après de longues années passées en Europe. Peu après son arrivée, Un incident va l’obliger à partir à la recherche de lui-même. Le thème de l’amnésie a déjà été abondamment traité en littérature, mais il est abordé ici d’une manière assez originale: l’oubli, qui a emporté les souvenirs les plus élémentaires du personnage principal, a miraculeusement épargné les textes et les images qui ont marqué sa sensibilité. C’est l’occasion de quelques très belles pages sur le goût de la poésie, l’apprentissage de la langue et la découverte des livres ; on peut sans doute y voir également un émouvant tribut de l’auteur - jusqu’ici traducteur littéraire - aux poètes et auteurs arabes de son panthéon.

Le personnage principal, contraint de se lancer dans une quête sur son identité est lui-même - sans le savoir - la cible d’une enquête policière assez improbable, qui jette une lumière crue sur la paranoïa d’un régime prêt à mobiliser tout son appareil policier dès lors que quelqu’un est soupçonné de vouloir le renverser. Ayant grandi entre deux cultures, le protagoniste porte un regard à la fois affectueux et ironique sur les évolutions politiques, mais aussi sociales et religieuses traversées par l’Egypte.

Au fil de ces deux enquêtes parallèles, on plonge en immersion totale dans le joyeux chaos de cette mégalopole du Caire, en chantier permanent, accablée par le gigantisme et la pollution. Mais ces fléaux sont pourrait-on dire transcendés par la chaleur humaine qui se dégage des personnages (mention spéciale à Sett Baheyya, la patronne de la pension où il a été recueilli, et à Faouzi, bavard impénitent mais aussi débrouillard jamais à court de ressources, sans parler de Raouf Effendi, le vieux fonctionnaire à l’état-civil amoureux de ses archives). Tous se mobilisent sans compter pour aider le protagoniste dans sa recherche désespérée, et on tremble avec eux au gré des faux espoirs, des déceptions et des nouvelles pistes - jusqu’au rebondissement final plutôt inattendu.

Un roman qui combine dépaysement total et suspense haletant - je le conseille vivement...

sur le site de la librairie électronique Bibliosurf, rubrique "Vous avez lu", août 2011

 

 

Note de lecture de Cathy Ytak, écrivain, traductrice

 

J'ai parfois la chance d'assister à la naissance d'un roman... Et c'est le cas avec Le Caire à corps perdu, de Khaled Osman, qui va paraître aux éditions "Vents d'ailleurs". J'ai donc vu comment ce roman s'affinait,s'affirmait, se modelait, se peaufinait, se ciselait... Et c'est, au final, un vrai coup de coeur.

De quoi parle ce roman, en quelques mots ? On peut dire qu'il s'agit d'un Égyptien qui retourne au Caire après des années d'absence mais qui, à peine arrivé, perd la mémoire. Mais pas toute la mémoire. Si son identité semble s'être effacée, il reste dans son cerveau une mémoire intacte : celle de l'écrit, poèmes et récits arabes qui ont bercé sa vie

Et cet homme (presque) sans mémoire va trouver refuge dans une pension comme on les aime: pleine de vie, truculente, avec des personnages aussi attachants que haut en couleurs. Tous vont l'aider, à leur manière, pour qu'il retrouve la mémoire. Mais quelle mémoire, et pour quoi en faire ? Evidemment, c'est un résumé trop... résumé !

C'est un très beau roman, tonique, savoureux, souvent très drôle. Il peut se lire comme une longue et vivifiante promenade à travers le Caire, ou comme un polar, ou comme un instantané de vie, ou comme une réflexion sur la mémoire et l'identité. C'est un peu tout ça qui fait sa richesse, le tout servi par une belle écriture. Je crois qu'il me touche aussi parce qu'il aborde, au fond, des sujets qui me tiennent à coeur : qu'est-ce qu'une identité ? A quel pays appartient-on ? Peut-on choisir sa terre d'accueil ? A quoi sert la mémoire ? J'aime ce livre parce qu'il est baigné d'humour, de bonne humeur et de tendresse. En un mot, il est plein de chaleur et d'humanité (ce qui nous fait souvent défaut, en France, au moins dans la littérature).

Khaled Osman, l'auteur, est égyptien, il a grandi en France. Il est traducteur de très grands auteurs égyptiens, comme Naguib Mahfouz et Gamal Ghitany, et maintes fois récompensé pour la qualité de ses traductions.Le Caire à corps perdu est son premier roman.

sur le blog de Cathy Ytak (écrivain, traducteur du catalan), août 2011