La demeure du vent
roman de Samar Yazbek
traduit de l'arabe (Syrie) par Khaled Osman et Ola Mehanna
|
|
|
Une feuille. Une toute petite feuille d'arbre. En
rouvrant l'œil, Ali, 19 ans, ne voit d'abord rien
d'autre. Puis la conscience lui revient, par bribes.
Cet enterrement, dont il se souvient, est-ce le sien
ou celui de son frère ? Blessé, incapable de bouger,
il se rappelle peu à peu : la poussière, les balles,
la bombe... Lui l'enfant rêveur et contemplatif,
comment s'est-il trouvé enrôlé de force dans l'armée
syrienne ? A mesure que la mémoire lui brûle, le
déraciné ne songe plus qu'à une chose : monter aux
branches. Grimper là-haut, vers ce monde qu'il
n'aurait jamais dû quitter. Se hisser jusqu'au ciel
– à la demeure du vent...
Un roman profondément
introspectif et poétique, où Samar Yazbek
nous plonge dans la mémoire d’un jeune homme syrien
contraint d’entrer dans l’armée. À travers ses
souvenirs, il évoque son lien intime avec la nature,
la spiritualité et les saints — une manière sensible
de témoigner de ce qu’il a perdu.
C’est une lecture
intéressante et touchante, mais au rythme volontairement lent.
Il n’y a pas vraiment d’action, seulement la voix
d’un homme qui se souvient, qui observe, qui médite.
Malgré ses 216 pages, le
roman demande du temps et de la patience — mais il
offre en retour une belle réflexion sur la mémoire
et la résilience.
Lecture
de Barbara Samires (onebookonestory) sur le site
Babelio, novembre 2025
|
C'est le poète, c'est le
tout-homme, c'est l'Enfant, c'est aussi le frère.
Ali, c'est un arbre, c'est le vent, c'est la lune,
c'est l'Autre, c'est moi, toi également.
Cela se passe en Syrie, mais cela aurait pu se
passer, se passera, s'est passé...
L'arbre c'est tous les arbres, le village c'est le
monde. L'horreur c'est la guerre.
C'est le journal d'une agonie, d'une résistante,
d'un combat pour la vie.
Oui, peut-être certain.es trouveront qu'il y a des
" longueurs"... Mais justement il fallait peut
être oser déposer ce temps entre ces pages. Même
si cela dérange le lecteur, il fallait que nous
touchions la lenteur de cette nuit, l'épouvantable
"traîne" de la mort.
Un roman qui questionne. Une écriture.
Lecture
de Atos (Astrid
Shriqui Garain) sur le site
Babelio, juin 2024
|
Dans le labyrinthe des épreuves syriennes, La
demeure du vent de Samar Yazbek émerge comme une mélodie envoûtante, tissant
des fils de désir et de résilience dans la
tapisserie des paysages déchirés par la guerre.
Avec la grâce d'une poète et l'empathie d'un sage,
Yazbek invite les lecteurs à parcourir les chemins
balayés par le vent du déplacement et de la
découverte.
La prose de Yazbek danse comme des derviches dans le
désert, tourbillonnant entre le parfum de jasmin et
la morsure de la poudre à canon. Chaque mot est un
coup de pinceau, peignant des portraits de rêves
brisés et d'espoir défiant sur la toile du conflit.
"Dans les chuchotements de la brise, les échos
d'une patrie oubliée persistent, appelant les âmes
à se souvenir de ce qui fut perdu au milieu du
chaos" écrit-elle, ses mots une symphonie de
douleur et de réconfort.
À travers les yeux de ses personnages, Yazbek
dévoile le kaléidoscope d'émotions qui définissent
l'expérience humaine en période de bouleversements.
Des abîmes du désespoir aux sommets de la
résilience, leurs voix résonnent avec l'intensité
brute de la vérité. "Je ne suis qu'une feuille
emportée dans la tempête, cherchant refuge dans le
sanctuaire de l'appartenance" médite l'un
d'eux, leurs paroles une lamentation pour un foyer
qui n'existe que dans la mémoire.
Le dialogue devient un champ de bataille où les
idéologies s'affrontent et les vérités sont mises à
nu, chaque échange étant un microcosme de la lutte
plus large pour l'identité et l'autonomie. Pourtant,
au milieu de la cacophonie des voix, Yazbek trouve
des moments de grâce et de solidarité qui percent
les ténèbres comme des étoiles dans un ciel sans
lune.
"Où le vent appelle chez soi" est un témoignage de
la puissance durable de l'esprit humain à se relever
des cendres de l'adversité. À travers des actes de
courage et de compassion, les personnages de Yazbek
défient la tyrannie du désespoir et reprennent leur
autonomie dans un monde fracturé par le conflit.
Leur histoire est celle de la résilience, écrite
dans le langage de l'amour et de la perte, de
l'espoir et du chagrin.
En fin de compte, le
chef-d'oeuvre de Yazbek se dresse comme un phare
dans les nuits les plus sombres, nous rappelant
que même au milieu du chaos de la guerre, le vent
murmure toujours le foyer.
Lecture
de Unpetitlecteurbreton sur le site Babelio, février
2024
|
Je suis très mitigée par cette lecture.
L'histoire était prometteuse,
la plume très belle et poétique. J'ai aimé
l'évocation de la nature et le lien qu'entretient
le héros avec cet arbre.
Seulement ça manque de
contenu pour moi, c'était lent et redondant,
l'histoire reste en surface malgré les flashbacks
qui rythment bien le récit. Pourtant je suis une
adepte des récits contemplatifs mais l'agonie m'a
paru bien longue pour ce pauvre soldat.
Lecture
de Sarah2402 sur le site Babelio, janvier 2024
|
"Ce matin, je suis allée auprès de l’arbre
Ce n’est pas un chêne, ce n’est pas
grave
Le lien existe pourtant, il a des
feuilles
Je peux revoir dans mon œil, Ali
Je peux le revoir en train d’observer
Une feuille, les nuages, ses arbres
Je peux le revoir expérimenter la peur
La mort, le vent, les nuages, une bombe
Je peux ressentir sa souffrance ses
envolées
Le délire la tyrannie la dissociation le
ciel
Ce moment exact d’être en face de la
mort
Ce que cela provoque d’acuité et de
souvenirs
Il attend et cette attente ouvre un
champ
De sensations de flash-back de poésie
Dix-neuf ans c’est jeune
Sa vie était pourtant déjà riche
De rencontres de drames d’ombres
d’oiseaux
De contemplations de misères de
violences
Il s’en éloigne autant que possible
N’y trouvant qu’une place digne, sereine
Dans la Demeure du vent
Il s’était destiné à être une homme
De religion et de vérité
Mais les hommes et la politique en
avaient
Décidé autrement : la guerre a faim de
chair
Mais le président en avait décidé
autrement
La guerre a soif de sang la patrie aussi
Ali contourne tout ce qu’il peut cette
fatalité
Mais ils sont trop nombreux, trop
déterminés
Dix-neuf ans c’est trop jeune pour
mourir
Le sol aura beau se fendre et les avaler
Il n’y aura pas plus la paix en Syrie
C’est pour cela que ce matin
Je me suis réfugiée près de l’olivier
J’aurai aimé lui offrir un rameau
Je me dis que d’arbres en arbres
Il recevra sans doute mon message
Le mycelium fera un long voyage
La connexion est inéluctable
Le lien de rigueur avec cette poésie
Mais sinon, je commanderai au vent
Puisqu’il est vital en nos deux cœurs
Je l’enverrai chargé de ma force
Et nous volerons ensemble
Au-dessus des faisceaux de lune
Puisse La Demeure du vent être
Notre refuge
Puisse mon coup de cœur monter
Plus hauts que toutes les branches
Pour le voir inscrire sur le Ciel..."
La superbe critique en poésie de Stelphique sur son
site
"mon féerique blog littéraire", janvier 2024
|
"J'ai été attirée par la couverture de ce texte,
et découvrir une auteure syrienne m'a tenté. J'ai
beaucoup apprécié ce texte avec un si beau titre
poétique. La poésie est
très présente dans ce texte avec un thème si
difficile.J'ai pensé au Dormeur du Val
d'Arthur Rimbaud...
Ali, le personnage principal de La Demeure du
vent, se retrouve sur un champ de bataille,
blessé. Il se met à délirer, se voit voler
au-dessus des arbres. Il est un œil qui observe
les obsèques de son frère, lui aussi mort à la
guerre et qui est devenu martyr; il se souvient de
son enfance de ses rêves, espoirs.
L'auteure nous parle de la vie dans un petit
village de Syrie, dans les vallées où est cultivé
le tabac, avec de belles descriptions de la nature
[...]
Ce texte sur un sujet si terrible et difficile
nous transporte dans les souvenirs du jeune Ali:
de sa naissance à son agonie alors qu'il cherche à
remonter dans un arbre et prendre son envol, comme
l'avait fait sa jeune tante. Il y a de belles
pages sur la nature, et en particulier la relation
d'Ali avec les arbres, que ce soit la cabane qu'il
a construite dans un chêne, l'arbre près duquel de
la Rouquine lui raconte des légendes, que ce soit
la forêt où, enfant solitaire, il aimait se
cacher.
De beaux portraits de femmes
jalonnent ce texte [comme] celui de la
mère d'Ali, Nahla, qui après la perte de son fils
aîné perdra la voix mais cultivera avec simplicité
et complicité son jardin avec Ali point, [ou celui
de] la Rouquine, centenaire et sorte de sorcière
mais qui va l'initier à l'islam ancestral et
tolérant.
Il y a aussi en petites touches des références à
la vie politique de la Syrie avec le Père puis le
Fils qui va entraîner le pays dans une longue
guerre.
Ali a déjà perdu son frère, de nombreux villageois
pleurent leur fils, et lui, enrôlé de force, va
aussi périr de cette guerre.
L'auteure nous parle aussi de la religion avec le beau portrait de la Rouquine,
avec ses histoires et légendes, mais aussi un
vieil imam qui verrait bien Ali lui succéder,
mais il y a •d'autres imams plus proches du
pouvoir que de la religion (d'étranges scènes de
prière en présence de miliciens armés).
L'auteure arrive à nous
toucher et nous sommes avec Ali dans ses
souvenirs, dans ses rêves face aux nuages, aux
arbres...
Je n'avais jamais lu cette auteure syrienne qui
vit en exil à Paris, mais je vais la lire.
Ce texte est très bien
traduit de l'arabe (Syrie) par Khaled Osman et
Ola Mehannna, qui nous entraînent dans les
paysages de la Syrie dans les couleurs, dans les
mets.
Un texte difficile mais avec de belles pages
poétiques et qui rend ce sujet si universel."
Lecture de Gromit33 (Catherine Airaud) sur le site
Babelio
avril 2023
|
"Il chute dans l'inconnu d'un gouffre profond où la
gravité n'a plus cours, tout juste perçoit-il le
balancement de sa tête dans le vide. Seraient-ils en
train de le descendre au fond d'une tombe?
S'agit-il de son enterrement ? Et cette tête,
est-ce bien la sienne?"
En Syrie, un homme meurt au combat. Son unité et lui
ont été fauchés par une bombe lâchée d'un avion. Seul
rescapé, entre la vie et la mort, son esprit divague
et l'emporte loin de la réalité, du charnier, du
chaos...
Il revoit son village, revit son enfance et sa vie
défile, pleine de beauté, de nature, de simplicité et
de poésie!
"Les nuages ici ne ressemblent pas à ceux de son
village. Ceux-là, il les connaissait bien et avait
pris l'habitude de les voir s'élever du fond de la
vallée vers les hauteurs, en suivant un parcours
sinueux. Il les voyait arriver comme un épais fleuve
blanc, recouvrant le monde alentour avant de
l'envelopper et de lui masquer les yeux tel un
bandeau. Tous les villageois vivaient ainsi au
milieu de la brume, c'était leur environnement
familier dans lequel ils avaient pris l'habitude de
se fondre, mais Ali avait tout de même droit à sa
propre cohorte de nuages, la seule à se transformer
en une longue traîne qui remuait et dansait sous les
regards, semblable à la queue d'un renard de forêt.
Il se postait tout en haut de sa cabane pour la
suivre des yeux jusqu'à sa disparition, après quoi
il pouvait de nouveau distinguer la vallée et les
cimes environnantes."
Raconter la guerre avec
poésie... il fallait le talent de Samar Yazbek pour
y parvenir! Sa langue est belle, lumineuse,
envoûtante et profonde! Son verbe se fait ode et
tragédie à la fois, envolée et réalité mêlées, chaos
et mélopée…
"Quant aux montagnes, qui ont vécu des millénaires,
qui ont connu les guerres et les flots de sang
abondants, elles se sont assagies et laissées couler
jusqu'au littoral, calmes et fortes de l'assurance
que tout cela n'est qu'un incident passager, que ce
n'est pas cette bombe de rien du tout - larguée par
erreur depuis un avion survolant leur petit groupe
en patrouille sur les crêtes - qui va les effrayer."
Oh oui! La virtuosité de cette autrice syrienne est
unique et indéniable! Elle m'avait touchée et
bouleversée avec ses 19 femmes, et cette fois
elle a fait vibrer une corde
étrange en moi, celle de la langue mêlée à la
souffrance, mélangée au sang, entrelacée à la vie!
La poésie à l'origine, berceau du monde et de
l'existence, chant de beauté et de souffrance, de
lumière et d'absence. Mot de la fin quand la
lumière s'éteint. Hymne de vie et de mort.
Il est des mots qui font bien plus que transporter:
ils font respirer, jusqu'à la fin, au dernier souffle!
"Le vent occupe une place privilégiée dans son
coeur, car il a appris à le connaître davantage
encore que les nuages, la pluie et la neige. Il boit
le vent, l'engloutit comme une denrée comestible
lorsqu'il passe le long de ses joues avant de se
loger dans sa bouche ouverte. Il le déguste
littéralement, le mastique puis finit par l'avaler
pour le conserver en lui, à l'intérieur de son
ventre."
Merci à Samar Yazbek pour ce
voyage de mots et de maux, pour cette réalité pleine
de beauté et d'authenticité.
Read_to_be_wild,
lecture sur le site Babelio,
janvier 2023
|