{"id":2594,"date":"2023-02-22T18:24:32","date_gmt":"2023-02-22T17:24:32","guid":{"rendered":"http:\/\/khaledosman.fr\/blog\/?p=2594"},"modified":"2023-02-22T18:24:32","modified_gmt":"2023-02-22T17:24:32","slug":"nous-trois-ou-rien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2023\/02\/nous-trois-ou-rien\/","title":{"rendered":"Nous trois ou rien"},"content":{"rendered":"<p><strong>Vu au cin\u00e9ma \u00ab\u00a0Nous trois ou rien\u00a0\u00bb, de Kheiron (avec Kheiron, Leila Bekhti, G\u00e9rard Darmon, Zabou Breitman&#8230;)<\/strong><\/p>\n<p><strong>Synopsis:<\/strong><br \/>\n<strong>D\u2019un petit village du sud de l\u2019Iran aux cit\u00e9s parisiennes, Kheiron nous raconte le destin hors du commun de ses parents Hibat et Fereshteh, \u00e9ternels optimistes, dans une com\u00e9die aux airs de conte universel qui \u00e9voque l\u2019amour familial, le don de soi et surtout l\u2019id\u00e9al d\u2019un vivre-ensemble.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mon avis:<\/strong><br \/>\n<strong>Disons-le d&#8217;embl\u00e9e, \u00ab\u00a0Nous trois ou rien\u00a0\u00bb d\u00e9route au premier abord, \u00e0 la fois par son ton et par son casting. <\/strong><br \/>\n<strong>Pour un hommage \u00e0 des parents opposants politiques au Chah d&rsquo;Iran, on se serait attendu davantage \u00e0 un biopic politique ou \u00e0 une \u00e9pop\u00e9e film\u00e9e \u00e0 la Gu\u00e9diguian ou \u00e0 la Gatlif, avec sang et larmes. Mais le r\u00e9alisateur a choisi, pour ce premier film, un ton r\u00e9solument l\u00e9ger et burlesque, ce qui, sur un tel sujet, \u00e9tait plut\u00f4t p\u00e9rilleux (la satire du Chah, par exemple, pourrait \u00e9voquer, par ses outrances, Sacha Baron Cohen et son Borat). <\/strong><br \/>\n<strong>Le casting, quant \u00e0 lui, est encore plus incongru. Leila Bekhti en r\u00e9volutionnaire iranienne, bon, \u00e0 la limite on est pr\u00eat \u00e0 voir. Il faut un peu plus de temps en revanche pour s&rsquo;habituer \u00e0 G\u00e9rard Darmon et Zabou Breitman en parents de Hibat vivant dans un meubl\u00e9 iranien. M\u00eame le parler des personnages utilise des intonations et des tics de langage plus plausibles dans une banlieue fran\u00e7aise que dans les faubourgs de T\u00e9h\u00e9ran.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00c0 ceux que j &lsquo;entends d\u00e9j\u00e0 dire \u00ab\u00a0Eh bien, qu&rsquo;est-ce que ce serait si tu n&rsquo;avais pas aim\u00e9!\u00a0\u00bb, je r\u00e9pondrai que les griefs \u00e9num\u00e9r\u00e9s ci-dessus sont des fausses routes, et qu&rsquo;il faut laisser le charme op\u00e9rer. <\/strong><br \/>\n<strong>Car oui, si on veut bien retrouver son \u00e2me d&rsquo;enfant (sans chercher \u00e0 tout prix les invraisemblances) et accepter le pacte propos\u00e9 par l&rsquo;auteur, on ne peut que succomber \u00e0 l&rsquo;humour et \u00e0 l&rsquo;\u00e9motion qui naissent de presque chaque sc\u00e8ne de ce film.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Kheiron, lui-m\u00eame artiste de stand-up, a choisi en effet un style en rapport avec ce qu&rsquo;il sait faire: d\u00e9peindre le r\u00e9el \u00e0 l&rsquo;aide de vignettes tragi-comiques, avec des r\u00e9f\u00e9rences plus proches de la bande dessin\u00e9e que du cin\u00e9ma. <\/strong><br \/>\n<strong>On avance ainsi dans le r\u00e9cit comme on tournerait les pages d&rsquo;un album de BD, genre auquel le film emprunte non l&rsquo;aspect graphique (ce que, sur un sujet proche, avait accompli Marjane Satrapi), mais plut\u00f4t le d\u00e9coupage en gags \u00e0 la Gaston Lagaffe, tandis que la description du contexte historique tirerait plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;Ast\u00e9rix (La Gaulle romaine \u00e9tant remplac\u00e9e par l&rsquo;Iran).<\/strong><\/p>\n<p><strong>Malgr\u00e9 la d\u00e9rision omnipr\u00e9sente &#8211; et il en faut face au destin moderne de l&rsquo;Iran, ce magnifique pays pass\u00e9 en quelques d\u00e9cennies d&rsquo;une dictature quasi-la\u00efque \u00e0 une th\u00e9ocratie, sans jamais parvenir \u00e0 d\u00e9pouiller les Iraniens de leur envie de vivre -, le film sait \u00eatre grave quand il le faut. Les s\u00e9vices inflig\u00e9s par le chah \u00e0 ses opposants politiques ne sont pas occult\u00e9s, pas plus que l&rsquo;immense sentiment de tromperie de ceux qui avaient accueilli Khomeiny en sauveur au lendemain de la R\u00e9volution. <\/strong><br \/>\n<strong>Il y a aussi des moments de vraie po\u00e9sie quand on traverse avec Hibat, Ferechteh et leur enfant (les \u00ab\u00a0nous trois\u00a0\u00bb du titre) les montagnes au-del\u00e0 desquelles ils vont quitter cette belle terre, pour h\u00e9las ne plus jamais la revoir.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il faut enfin parler de la derni\u00e8re partie du film, celle o\u00f9, ayant r\u00e9ussi \u00e0 fuir en France apr\u00e8s maintes p\u00e9rip\u00e9ties, Hibat se met au service de la collectivit\u00e9 en ouvrant un centre d&rsquo;action sociale dans les quartiers nord de Pierrefitte. Quoique moins spectaculaire que l&rsquo;aventure initiale, cette nouvelle phase dans l&rsquo;existence du h\u00e9ros d\u00e9coule tout naturellement de son \u00e2me fonci\u00e8rement rebelle. <\/strong><br \/>\n<strong>Sa transplantation en France l&rsquo;a seulement fait changer de cible: il ne s&rsquo;agit plus de combattre la tyrannie d&rsquo;un autocrate ni l&rsquo;imposition des signes ext\u00e9rieurs de la foi, mais la fatalit\u00e9 de l&rsquo;exclusion (consentie ou subie), d\u00e9fi tout aussi difficile et digne de respect.<\/strong><\/p>\n<p><strong>P.S.: J&rsquo;ai vu le film bien apr\u00e8s sa sortie et dans une salle grand public (donc pas n\u00e9cessairement tr\u00e8s au fait du contexte iranien), et pourtant la fin de la projection a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9e par une salve d&rsquo;applaudissements&#8230;<\/strong><\/p>\n<p><strong>Copyright Khaled Osman (d\u00e9cembre 2015)<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vu au cin\u00e9ma \u00ab\u00a0Nous trois ou rien\u00a0\u00bb, de Kheiron (avec Kheiron, Leila Bekhti, G\u00e9rard Darmon, Zabou Breitman&#8230;) Synopsis: D\u2019un petit village du sud de l\u2019Iran aux cit\u00e9s parisiennes, Kheiron nous raconte le destin hors du commun de ses parents Hibat&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2023\/02\/nous-trois-ou-rien\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,150],"tags":[183],"class_list":["post-2594","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cinema","category-critique-de-film","tag-kheiron"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2594","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2594"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2594\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2594"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2594"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2594"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}