{"id":3121,"date":"2023-07-15T23:34:25","date_gmt":"2023-07-15T21:34:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/?p=3121"},"modified":"2023-07-15T23:35:10","modified_gmt":"2023-07-15T21:35:10","slug":"derriere-lhebreu-larabe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2023\/07\/derriere-lhebreu-larabe\/","title":{"rendered":"Derri\u00e8re l&rsquo;h\u00e9breu, l&rsquo;arabe&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><strong>L&rsquo;Institut du monde arabe \u00e0 Paris poursuit son excellent programme intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Ce que la Palestine apporte au monde\u00a0\u00bb, un ensemble de manifestations embrassant toutes les disciplines: j&rsquo;avais ainsi assist\u00e9 au formidable concert du trio Joubran &#8211; que j&rsquo;ai chroniqu\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2023\/06\/trio-joubran\/\">ici m\u00eame<\/a> -, ainsi qu&rsquo;\u00e0 une projection sur grand \u00e9cran du <a href=\"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2023\/03\/it-must-be-heaven\/\">film<\/a> d&rsquo;Elia Suleiman <em>It must be heaven<\/em>, dont la puissance et l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 n&rsquo;ont pas pris une ride.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dans ce cadre, Sadia Agsous (chercheure en litt\u00e9rature, cultures et traductologie, enseignante en \u00e9tudes culturelles Moyen-Orient et Afrique du Nord) \u00e9tait interrog\u00e9e hier apr\u00e8s-midi &#8211; 10\/06\/2023 &#8211; par Judith Abensour (r\u00e9alisatrice et enseignante \u00e0 l\u2019\u00c9cole nationale sup\u00e9rieure des Arts d\u00e9coratifs &#8211; dernier film: <em>Foedora<\/em>), \u00e0 propos de son nouveau livre <em>Derri\u00e8re l&rsquo;h\u00e9breu, l&rsquo;arabe<\/em><\/strong><br \/>\n<strong>(Classiques Garnier, 2022).<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-3052\" src=\"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Sadiaa_Heb_Arab_couv2-214x300.png\" alt=\"\" width=\"307\" height=\"420\" \/><\/p>\n<p><strong>Ce tr\u00e8s beau titre recouvre un sujet peu abord\u00e9, celui de ces quelques \u00e9crivains palestiniens rest\u00e9s en Isra\u00ebl qui, \u00e0 travers les d\u00e9cennies, ont choisi d&rsquo;\u00e9crire en h\u00e9breu &#8211; soit, comme l&rsquo;a fort justement formul\u00e9 Judith Abensour dans une de ses questions \u00e0 Sadia Agsous, dans la langue m\u00eame de ceux qui cherchent \u00e0 les effacer&#8230;<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le livre a beau \u00eatre \u00e9crit par une universitaire rigoureuse et b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 ce titre d&rsquo;une recherche impeccable, il est avant tout l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;une passionn\u00e9e.<\/strong><br \/>\n<strong>Peut-\u00eatre parce que, de son propre aveu, ce sujet de la cohabitation de deux langues \u00ab\u00a0antagonistes\u00a0\u00bb (mais les langues ne s&rsquo;opposent pas naturellement, ce sont leurs locuteurs qui ont une propension \u00e0 s&rsquo;affronter et \u00e0 oppresser leurs semblables) la concerne personnellement.<\/strong><br \/>\n<strong>Cela tient &#8211; selon les r\u00e9ponses qu&rsquo;elle a livr\u00e9es \u00e0 son intervieweuse &#8211; \u00e0 un ensemble de raisons, parmi lesquelles son identit\u00e9 alg\u00e9rienne (la cohabitation des langues, les Alg\u00e9riens en savent quelque chose, dans un pays o\u00f9 se c\u00f4toient quotidiennement le kabyle, l&rsquo;arabe et le fran\u00e7ais), son mari juif ashk\u00e9naze (h\u00e9las parti trop t\u00f4t, il a laiss\u00e9 la prise de conscience apr\u00e8s coup que le \u00ab\u00a0jud\u00e9o-arabe\u00a0\u00bb \u00e9tait ancr\u00e9 dans leur famille), enfin son intuition de ce que la Nakba palestinienne, et plus encore la d\u00e9faite arabe de 1967, a structur\u00e9 l&rsquo;ensemble de la r\u00e9gion (intuition qui l&rsquo;a pouss\u00e9e \u00e0 apprendre l&rsquo;h\u00e9breu jusqu&rsquo;\u00e0 le ma\u00eetriser parfaitement).<\/strong><br \/>\n<strong>Alors c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9, la Palestine serait au coeur de sa th\u00e8se; apr\u00e8s quelques t\u00e2tonnements (un premier projet, ax\u00e9 sur un parall\u00e8le entre la politique d&rsquo;Isra\u00ebl et le r\u00e9gime de l&rsquo;Apartheid s&rsquo;est heurt\u00e9 au d\u00e9ni des institutions) a surgi cette id\u00e9e de travailler sur cette litt\u00e9rature palestinienne \u00e9crite en h\u00e9breu.<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;analyse op\u00e9r\u00e9e dans l&rsquo;ouvrage est ax\u00e9e sur trois auteurs choisis dans des g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes: Atallah Mansour (n\u00e9 en 1934, auteur en 1966 de <em>Sous un nouveau jour<\/em>, premier roman palestinien en h\u00e9breu), Anton Shammas (n\u00e9 en 1950, auteur du fameux <em>Arabesques<\/em>, lou\u00e9 pour sa langue h\u00e9bra\u00efque somptueuse autant que pour sa construction \u00e9labor\u00e9e) et, plus pr\u00e8s de nous, Sayed Qashua (n\u00e9 en 1975, auteur aussi d\u00e9sabus\u00e9 que d\u00e9sopilant de plusieurs romans en h\u00e9breu, dont le plus connu est sans doute <em>Les Arabes dansent aussi<\/em>).<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce choix d&rsquo;\u00e9crire en h\u00e9breu pose \u00e9videmment la question du pourquoi: pour occuper une place dans le champ litt\u00e9raire, pour s&rsquo;adresser au public majoritaire, ou plus prosa\u00efquement parce que c&rsquo;est dans ce milieu h\u00e9br\u00e9ophone qu&rsquo;ils vivaient et devaient gagner leur subsistance&#8230;<\/strong><br \/>\n<strong>Mais plus fondamentalement, la vraie question est celle du comment: qu&rsquo;ont fait ces auteurs arabes palestiniens de l&rsquo;h\u00e9breu, comment se sont-ils gliss\u00e9s dans cette langue &#8211; l&rsquo;h\u00e9breu r\u00e9form\u00e9 &#8211; qui n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour accueillir une parole autre que juive&#8230; Et ce qui ressort de l&rsquo;analyse, justement, c&rsquo;est qu&rsquo;ils ont, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, fait dire \u00e0 cette langue des choses qu&rsquo;on n&rsquo;y disait pas, qu&rsquo;ils y ont \u00ab\u00a0fait parler\u00a0\u00bb des personnages qui en \u00e9taient absents (puisque dans la litt\u00e9rature en h\u00e9breu, le Palestinien est soit un fant\u00f4me, soit un arch\u00e9type arri\u00e9r\u00e9 ou violent).<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pour d\u00e9crire ces strat\u00e9gies, Sadia Agsous se livre \u00e0 une analyse litt\u00e9raire \u00e9clair\u00e9e par le contexte sociologique et politique de chaque p\u00e9riode, en affirmant la sp\u00e9cificit\u00e9 des r\u00e9ponses apport\u00e9es par chaque auteur.<\/strong><br \/>\n<strong>Au passage, sont convoqu\u00e9es les grandes figures de la litt\u00e9rature palestinienne comme \u00c9mile Habibi (auteur du mythique <em>Peptimiste<\/em>), Ghassan Kanafani ou Mahmoud Darwich, qui ont tous d\u00fb, \u00e0 un titre ou \u00e0 autre, frayer avec la question de la langue et de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Bref, vous l&rsquo;aurez compris, c&rsquo;est un livre d&rsquo;une richesse inou\u00efe, r\u00e9dig\u00e9 avec rigueur tout en \u00e9tant accessible \u00e0 un large public. Pour peu qu&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 cette r\u00e9gion du monde, ce livre passionn\u00e9 et passionnant offre un angle original, celui du choix qu&rsquo;ont fait certains de recourir \u00e0 la langue de l&rsquo;autre pour dire <em>leur<\/em> v\u00e9rit\u00e9. Il porte une id\u00e9e &#8211; la cohabitation des langues, et au-del\u00e0, de ceux qui les parlent &#8211; qui appara\u00eet actuellement utopique, tellement que ces exp\u00e9riences se sont retrouv\u00e9es sous le feu des acteurs culturels dominants et se sont g\u00e9n\u00e9ralement sold\u00e9es par l&rsquo;\u00e9chec ou le renoncement.<\/strong><br \/>\n<strong>Mais les utopies d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne pourraient-elles pas un jour &#8211; sait-on jamais &#8211; r\u00e9clamer leur d\u00fb?<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Institut du monde arabe \u00e0 Paris poursuit son excellent programme intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Ce que la Palestine apporte au monde\u00a0\u00bb, un ensemble de manifestations embrassant toutes les disciplines: j&rsquo;avais ainsi assist\u00e9 au formidable concert du trio Joubran &#8211; que j&rsquo;ai chroniqu\u00e9 ici&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2023\/07\/derriere-lhebreu-larabe\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[281,280,201,279,277,112,278,282],"class_list":["post-3121","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-litterature","tag-anton-shammas","tag-atallah-mansour","tag-hebreu","tag-judith-abensour","tag-litterature-palestinienne","tag-mahmoud-darwich","tag-sadia-agsous","tag-sayed-kashua"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3121","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3121"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3121\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3124,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3121\/revisions\/3124"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3121"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3121"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3121"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}