{"id":345,"date":"2013-03-17T09:24:20","date_gmt":"2013-03-17T08:24:20","guid":{"rendered":"http:\/\/khaledosman.fr\/blog\/?p=345"},"modified":"2018-12-02T08:55:10","modified_gmt":"2018-12-02T07:55:10","slug":"espaces-et-labyrinthes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2013\/03\/espaces-et-labyrinthes\/","title":{"rendered":"Espaces et labyrinthes"},"content":{"rendered":"<p data-ft=\"{&quot;type&quot;:1,&quot;tn&quot;:&quot;K&quot;}\"><strong><span style=\"font-size: 14px;\">On connaissait \u00a0<\/span><span style=\"font-size: 14px;\">Vassili Golovanov<\/span><span style=\"font-size: 14px;\">\u00a0depuis le saisissement \u00e9prouv\u00e9 \u00e0 la lecture de son chef-d&rsquo;oeuvre <\/span><em>Eloge des voyages insens\u00e9s<\/em><span style=\"font-size: 14px;\">\u00a0&#8211; des voyages\u00a0<\/span>au sens golovanien du terme, c&rsquo;est-\u00e0-dire des d\u00e9placements \u00e0 la fois \u00e0 travers les territoires mais aussi les cultures, avec une attention toute particuli\u00e8re aux m\u00e9andres de l&rsquo;\u00e2me humaine, comme ici:<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<div id=\"id_5145831ac8f2d5765283645\">\u200eLe renne ne supporte pas l&rsquo;homme et le craint: sans doute per\u00e7oit-il que l&rsquo;homme n&rsquo;est ni un animal ni un oiseau, mais un \u00catre. [&#8230;]<br \/>\nPourtant, dans la toundra, il est encore possible d&rsquo;\u00eatre t\u00e9moin d&rsquo;un drame authentique, bouleversant, primitif, qui vous coupe le souffle: le combat singulier du Renne et de l&rsquo;Homme. Mais ce ne serait pas un drame si l&rsquo;issue du combat \u00e9tait \u00e0 cent pour cent pr\u00e9visible. Oui, en principe, l&rsquo;homme est plus fort que le renne. C&rsquo;est lui qui d\u00e9tient le pouvoir de la peur et il s&rsquo;en sert, comme d&rsquo;une arme que le renne ne poss\u00e8de pas. Mais il arrive que le renne domine sa peur, et l&rsquo;on assiste alors \u00e0 un drame d&rsquo;un autre ordre: celui du triomphe de la libert\u00e9.<br \/>\nJ&rsquo;ai vu le Renne vaincre l&rsquo;Homme. Seul parmi les cinq mille b\u00eates parqu\u00e9es dans l&rsquo;enclos, un renne marchait droit sur l&rsquo;\u00catre, droit sur le mur de la peur fait de fil de fer, d&rsquo;insupportables odeurs de corps en sueur, de tabac, d&rsquo;essence, de peinture et de sang de renne. D&rsquo;un coup impitoyable et violent, il a fait tomber ce mur.<br \/>\nOn a trop parl\u00e9 de libert\u00e9 au cours de ces deux derniers si\u00e8cles. Des mod\u00e8les politiques de libert\u00e9 s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent partout dans le monde, effrayantes constructions m\u00e9talliques, \u00e9voquant parfois des cages rouill\u00e9es.<br \/>\nDepuis que j&rsquo;ai vu ce renne, je pense que la libert\u00e9 ne signifie qu&rsquo;une chose: la victoire sur la peur.<\/div>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<p><strong>.<\/strong><\/p>\n<p><strong>On retrouve avec bonheur Golovanov dans\u00a0<em>Espaces et Labyrinthes<\/em>, qui n&rsquo;est pas un roman mais plut\u00f4t la relation de plusieurs \u00ab\u00a0voyages\u00a0\u00bb extraordinaires. Le premier nous conduit\u00a0\u00e0 la source de la Volga, source dont l&#8217;emplacement &#8211; et l&rsquo;existence m\u00eame &#8211; a fait l&rsquo;objet de conjectures et de controverses parmi les g\u00e9ographes, au point qu&rsquo;elle est devenue une sorte de Graal attirant toutes sortes de curieux, aventuriers ou simples \u00a0visiteurs.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Outre les tr\u00e8s beaux d\u00e9veloppements sur ce lieu mythique qu&rsquo;un homme s&rsquo;attache \u00e0 prot\u00e9ger en en conservant la clef par devers lui, on lira avec \u00e9motion un dialogue o\u00f9 est abord\u00e9e, en peu de mots, la question de l&rsquo;exil &#8211; plus particuli\u00e8rement ce sentiment ambivalent d&rsquo;amour-haine qu&rsquo;on peut porter \u00e0 sa patrie:<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<div>La fillette devint Tania Chtcherbina, elle v\u00e9cut des vies diverses, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, \u00e0 Paris&#8230; Et un beau jour, elle revint \u00e0 Moscou pour accompagner un groupe de ses nouveaux compatriotes, des Fran\u00e7ais venus faire une croisi\u00e8re sur la Volga.<br \/>\n&#8211; Nous suivions le m\u00eame itin\u00e9raire, nous nous arr\u00eations dans les m\u00eames villes. Ces villes dont je me souvenais comme de celles d&rsquo;un conte, je n&rsquo;en reconnaissais rien. Et ce que je voyais \u00e9tait effrayant. A Ouglitch, sur le quai, des femmes so\u00fbles [&#8230;] se bousculaient, se battaient: \u00ab\u00a0O\u00f9 tu vas comme \u00e7a, sale pute?\u00a0\u00bb Les maisons&#8230; d\u00e9labr\u00e9es n&rsquo;est pas le mot juste, v\u00e9tustes non plus: mortes. J&rsquo;\u00e9tais transie d&rsquo;effroi, un effroi v\u00e9ritable, je ne savais comment \u00e9chapper \u00e0 ce cauchemar. Mais, c&rsquo;est \u00e9trange, juste apr\u00e8s ce voyage, j&rsquo;ai brusquement d\u00e9cid\u00e9 de rentrer en Russie. Pour toujours.<br \/>\n&#8211; Pourquoi? demandai-je. [&#8230;]<br \/>\n&#8211; Partout, il y a du bien et du mal. Mais contre le mal d&rsquo;ici, nous avons d\u00e9velopp\u00e9 notre propre syst\u00e8me immunitaire. Alors que l\u00e0-bas, il y a des choses auxquelles je ne m&rsquo;habituerai jamais.<br \/>\nJ&rsquo;ai entendu cela des centaines de fois, sans jamais vraiment comprendre de quoi il \u00e9tait question.<br \/>\n&#8211; Je vais vous dire, intervint Tiagny-Riadno qui en avait assez d&rsquo;\u00e9couter nos fadaises. A mon avis, vraiment, vous exag\u00e9rez.<br \/>\n&#8211; Nous \u00e9dulcorons.<\/div>\n<\/blockquote>\n<p data-ft=\"{&quot;type&quot;:1,&quot;tn&quot;:&quot;K&quot;}\"><strong>.<\/strong><\/p>\n<p data-ft=\"{&quot;type&quot;:1,&quot;tn&quot;:&quot;K&quot;}\"><strong>Le second r\u00e9cit est un voyage plus litt\u00e9raire dans l&rsquo;oeuvre du po\u00e8te Khlebnikov, o\u00f9 on peut lire ceci:<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<div id=\"id_514576de046c99781702364\">Bien des grands artistes ont \u00e9prouv\u00e9 cet attrait de l&rsquo;ailleurs [la mystique soufie] et ces co\u00efncidences n&rsquo;auraient rien de surprenant si Khlebnikov [&#8230;] avait pu lire la po\u00e9sie persane dans l&rsquo;original. Mais nous savons qu&rsquo;il ne ma\u00eetrisait pas cette langue et que les textes de po\u00e9sie classique traduits \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque en russe [&#8230;] se comptaient sur les doigts de la main.<\/div>\n<div id=\"id_514576de046c99781702364\">Or, l&rsquo;attraction magn\u00e9tique de l&rsquo;Orient sur le po\u00e8te \u00e9tait si forte qu&rsquo;on pourrait croire qu&rsquo;il avait lu non seulement tout ce qui fut traduit plusieurs d\u00e9cennies apr\u00e8s sa mort, mais [&#8230;] qu&rsquo;il a eu acc\u00e8s \u00e0 des ouvrages qui non seulement n&rsquo;avaient pas encore \u00e9t\u00e9 traduits en russe, mais n&rsquo;avaient pas encore \u00e9t\u00e9 \u00e9crits: leurs auteurs n&rsquo;avaient m\u00eame pas encore commenc\u00e9 leurs recherches.\u00a0\u00bb<\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<p data-ft=\"{&quot;type&quot;:1,&quot;tn&quot;:&quot;K&quot;}\"><strong>.<\/strong><\/p>\n<p data-ft=\"{&quot;type&quot;:1,&quot;tn&quot;:&quot;K&quot;}\"><strong>Que celui d&rsquo;entre vous qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par des textes qu&rsquo;il ne pouvait mat\u00e9riellement conna\u00eetre me jette la premi\u00e8re pierre&#8230;<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: right;\"><strong>\u00a9 Khaled Osman<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: left;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: left;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: left;\"><strong>.<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: left;\"><strong>N.B.: Les textes cit\u00e9s sont extraits de deux ouvrages\u00a0de Vassili Golovanov,\u00a0<em>Eloge des voyages insens\u00e9s <\/em>et <em>Espaces et labyrinthes<\/em>, tous deux publi\u00e9s aux \u00e9ditions Verdier et (remarquablement) traduits du russe par H\u00e9l\u00e8ne Ch\u00e2telain.<\/strong><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On connaissait \u00a0Vassili Golovanov\u00a0depuis le saisissement \u00e9prouv\u00e9 \u00e0 la lecture de son chef-d&rsquo;oeuvre Eloge des voyages insens\u00e9s\u00a0&#8211; des voyages\u00a0au sens golovanien du terme, c&rsquo;est-\u00e0-dire des d\u00e9placements \u00e0 la fois \u00e0 travers les territoires mais aussi les cultures, avec une attention&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2013\/03\/espaces-et-labyrinthes\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[39,52,94,95],"class_list":["post-345","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-litterature","tag-exil","tag-orientalisme","tag-traduit-du-russe","tag-vassili-golovanov"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/345","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=345"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/345\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=345"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=345"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=345"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}