{"id":396,"date":"2013-12-12T19:57:12","date_gmt":"2013-12-12T18:57:12","guid":{"rendered":"http:\/\/khaledosman.fr\/blog\/?p=396"},"modified":"2019-01-01T10:34:47","modified_gmt":"2019-01-01T09:34:47","slug":"quen-aurait-il-pense","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2013\/12\/quen-aurait-il-pense\/","title":{"rendered":"Qu&rsquo;aurait-il pens\u00e9 de tout \u00e7a?"},"content":{"rendered":"<p><b>En ce jour o\u00f9 on c\u00e9l\u00e8bre le centenaire de sa naissance, on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de s&rsquo;interroger: qu&rsquo;aurait-il pens\u00e9 de tout \u00e7a? Oui, qu&rsquo;est-ce que Naguib Mahfouz, \u00a0le grand \u00e9crivain \u00e9gyptien et laur\u00e9at du Prix Nobel de litt\u00e9rature 1988, aurait pens\u00e9, s&rsquo;il avait encore \u00e9t\u00e9 des n\u00f4tres, des \u00e9v\u00e9nements qui ont agit\u00e9 son pays depuis qu&rsquo;il nous a quitt\u00e9s, et particuli\u00e8rement depuis que l&rsquo;\u00e9tincelle de la R\u00e9volution \u00e9gyptienne s&rsquo;est enflamm\u00e9e, un certain 25 janvier 2011&#8230;\u00a0<\/b><\/p>\n<p><b>Ne comptez pas sur moi cependant pour faire parler les morts, m\u00eame virtuellement. Appelez \u00e7a de la d\u00e9cence (il est trop facile de leur faire dire ce qu&rsquo;on e\u00fbt aim\u00e9 les entendre dire). Ou bien de l&rsquo;humilit\u00e9 (sa hauteur de vue lui aurait peut-\u00eatre pr\u00eat\u00e9 des positions que je ne soup\u00e7onne m\u00eame pas). Ou encore \u00a0de la l\u00e2chet\u00e9 (son fant\u00f4me risquerait fort de me r\u00e9gler mon compte au moyen d&rsquo;une <em>nokta <\/em><em>\u00a0<\/em>(1) ravageuse, de celles dont il avait le secret).\u00a0En revanche, \u00a0il en est d&rsquo;autres qui, eux, \u00a0nous parlent sans retenue, ce sont les merveilleux romans (2) qu&rsquo;il nous a l\u00e9gu\u00e9s, tant ils sont grav\u00e9s dans notre conscience. J&rsquo;ai donc pr\u00eat\u00e9 l&rsquo;oreille, et voici ce que j&rsquo;ai entendu:\u00a0<\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0La vanit\u00e9 des destins ne doit pas nous faire oublier que le peuple \u00e9gyptien n&rsquo;abandonnera jamais son projet d&rsquo;une Egypte libre.\u00a0D\u00e9j\u00e0, las d&rsquo;endurer l&rsquo;oppression depuis des ann\u00e9es, il a \u00e9cout\u00e9 le murmure de la folie qui lui soufflait \u00ab\u00a0Assez!\u00a0\u00bb, et ce qui lui \u00e9tait longtemps apparu comme le \u00a0mirage absolu s&rsquo;est soudain transform\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9. Il a fait jaillir le printemps en plein hiver, et \u00a0le voleur et les chiens sont enfin tomb\u00e9s, dans une explosion de liesse digne des Mille et une Nuits.\u00a0<\/b><\/p>\n<p><b>H\u00e9las bient\u00f4t lui a succ\u00e9d\u00e9 la d\u00e9sillusion face \u00e0 des marchands de religion qui voulaient lui imposer le monde de Dieu et qui se croyaient d\u00e9tenteurs de la voie. L&rsquo;Egyptien, qui en quelques mill\u00e9naires, en a vu d&rsquo;autres, a\u00a0d&rsquo;abord fait le dos rond, se r\u00e9fugiant sous l&rsquo;abri, pour attendre la lune de miel avec une R\u00e9volution sans cesse retard\u00e9e. \u00a0Dans le m\u00eame temps, on murmurait que Son Excellence et ses partisans, bien qu&#8217;emprisonn\u00e9s, pr\u00e9paraient leur retour.\u00a0Soudain, le peuple \u00e9gyptien n&rsquo;\u00e9tait plus que le mendiant de l&rsquo;histoire, sa parole r\u00e9duite \u00e0 de simples bavardages sur le Nil &#8211; plus personne ne voulait entendre la chanson des gueux.<\/b><\/p>\n<p><b>Mais moi, j&rsquo;ai vu dans mon sommeil un oracle.\u00a0\u00ab\u00a0Il \u00a0ne reste qu&rsquo;une heure!\u00a0\u00bb m&rsquo;a-t-il souffl\u00e9. Et de fait, le peuple s&rsquo;est soulev\u00e9 une deuxi\u00e8me fois. \u00a0L&rsquo;organisation clandestine qui pr\u00e9tendait r\u00e9genter sa vie \u00a0et confondre commencement et fin a \u00e9t\u00e9 balay\u00e9e.\u00a0<\/b><\/p>\n<p><b>Certes, Khan el-Khalili d\u00e9sert\u00e9 par les touristes n&rsquo;est pas encore redevenu le passage des miracles. Mais l&rsquo;espoir est l\u00e0, car le peuple a exig\u00e9 que l&rsquo;aube tra\u00eetresse se mue en&#8230; matin de roses!\u00a0\u00bb (3)<\/b><\/p>\n<p><b>\u00a9 Khaled Osman<\/b><\/p>\n<p><b>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;<\/b><\/p>\n<p><b>Notes:<\/b><\/p>\n<p><b>(1) Plaisanterie typiquement \u00e9gyptienne, m\u00ealant ironie f\u00e9roce et autod\u00e9rision.<\/b><\/p>\n<p><b>(2) Peut-\u00eatre\u00a0 parce qu&rsquo;en offrant \u00e0 notre imagination leurs histoires captivantes et leurs personnages si incarn\u00e9s,\u00a0 il semblait nous dire: \u00ab\u00a0A vous de jouer, maintenant!\u00a0\u00bb<\/b><\/p>\n<p><b>(3) Ce texte, on l&rsquo;aura compris, a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide de titres d\u2019\u0153uvres\u00a0 de Mahfouz. Par ordre d&rsquo;apparition: <em>La Vanit\u00e9 des destins<\/em> (1932); <em>Le Murmure de la folie<\/em> (1947); <em>Le Mirage<\/em> (1948); <em>Le Voleur et les chiens<\/em> (1961); <em>Les Mille et une nuits <\/em>(1982) <em>Le Monde de Dieu<\/em> (1962); <em>La Voie<\/em> (1964); <em>Sous l&rsquo;abri\u00a0<\/em> (1969) ; <em>La Lune de miel<\/em>\u00a0 (1961); <em>Son Excellence<\/em> (1975); <em>Le Mendiant<\/em> (1965); <em>Bavardages sur le Nil<\/em>\u00a0 (1966); <em>La Chanson des gueux<\/em> (1977); <em>J&rsquo;ai vu dans mon sommeil<\/em>\u00a0 (1982); <em>Il ne reste qu&rsquo;une heure<\/em> (1982); <em>L&rsquo;Organisation clandestine<\/em> (1984); <em>Commencement et fin<\/em> (<em>Vienne la nuit &#8211; <\/em>1949); <em>Khan el-Khalili<\/em> (1946); <em>Passage\u00a0 du Mortier<\/em> (<em>Passage des Miracles <\/em>&#8211; 1947); <em>L&rsquo;aube tra\u00eetresse<\/em>\u00a0 (1989); <em>Matin de roses<\/em> (1987).<\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En ce jour o\u00f9 on c\u00e9l\u00e8bre le centenaire de sa naissance, on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de s&rsquo;interroger: qu&rsquo;aurait-il pens\u00e9 de tout \u00e7a? 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