{"id":472,"date":"2014-10-20T10:38:04","date_gmt":"2014-10-20T08:38:04","guid":{"rendered":"http:\/\/khaledosman.fr\/blog\/?p=472"},"modified":"2023-03-09T07:22:04","modified_gmt":"2023-03-09T06:22:04","slug":"le-nobel-de-mahfouz-26-ans-apres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2014\/10\/le-nobel-de-mahfouz-26-ans-apres\/","title":{"rendered":"Le Nobel de Mahfouz, 26 ans apr\u00e8s&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><strong>En 1988, il y a de cela 26 ans \u2013 d\u00e9j\u00e0! \u2013, le grand romancier \u00e9gyptien Naguib Mahfouz se voyait d\u00e9cerner le Prix Nobel de litt\u00e9rature, r\u00e9compense signant l&rsquo;accueil de l&rsquo;\u00e9crivain au sein de la litt\u00e9rature mondiale.<\/strong><br \/>\n<strong>Cette nouvelle a \u00e9t\u00e9 accueillie avec une joie immense, non seulement en \u00c9gypte et dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;aire arabe, mais aussi un peu partout \u00e0 travers le monde, chez ceux qui connaissaient d\u00e9j\u00e0 ou ont d\u00e9couvert \u00e0 cette occasion la valeur de cet hommes de lettres exceptionnel.<\/strong><br \/>\n<strong>Pour c\u00e9l\u00e9brer cet \u00e9v\u00e9nement heureux, et plut\u00f4t que\u00a0<\/strong><!--more--><strong>d&rsquo;ajouter aux centaines d&rsquo;analyses, d&rsquo;\u00e9tudes et de th\u00e8ses qui ont soulign\u00e9 \u2013 \u00e0 juste titre \u2013 la puissance et la richesse de son oeuvre, on s&rsquo;attachera dans le texte qui suit \u00e0 relever quelques paradoxes \u2013 certains seulement apparents \u2013 autour de cette reconnaissance.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong><em>Un \u00e9crivain arabe enfin r\u00e9compens\u00e9 par le Nobel: la fin d&rsquo;une mal\u00e9diction?<\/em><\/strong><\/h3>\n<p><strong>Le jury Nobel a mis bien longtemps (87 ans) \u00e0 inscrire parmi ses laur\u00e9ats un \u00e9crivain de culture et\/ou de langue arabe. Plusieurs autres, avant ou apr\u00e8s Mahfouz, auraient \u00e9galement pu y pr\u00e9tendre : citons p\u00eale-m\u00eale Taha Hussein, Tewfiq al-Hakim, Kateb Yacine, Abdellatif La\u00e2bi, Mohammed Dib, et bien d&rsquo;autres encore. Mais s&rsquo;il n&rsquo;en avait fallu qu&rsquo;un autre, cela aurait assur\u00e9ment d\u00fb \u00eatre l&rsquo;immense po\u00e8te palestinien Mahmoud Darwich (et ce manquement est h\u00e9las irrattrapable).<\/strong><\/p>\n<p><strong>Depuis, p\u00e9riodiquement, des noms surgissent, tel celui d&rsquo;Adonis qui revient en boucle chaque ann\u00e9e (et fait la fortune des bookmakers londoniens) avant d&rsquo;\u00eatre immanquablement infirm\u00e9. Finalement, il semble que le couronnement de Mahfouz n&rsquo;ait pas stopp\u00e9 la mal\u00e9diction qui continue de frapper la litt\u00e9rature arabe contemporaine : il l&rsquo;a simplement d\u00e9samorc\u00e9e le temps d&rsquo;une ann\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Un peu \u00e0 l&rsquo;image de ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 avec la publication de cette production en Europe. Avec le Nobel, on a pu croire que cette litt\u00e9rature allait enfin acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;universel, et de fait, les traductions de l&rsquo;oeuvre de Mahfouz ont vu le jour \u00e0 foison, parfois chez des \u00e9diteurs qui n&rsquo;avaient jamais daign\u00e9 s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 cette aire-l\u00e0. H\u00e9las, cet enthousiasme de circonstance n&rsquo;a gu\u00e8re dur\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Cela ne signifie pas pour autant que nous n&rsquo;y avons rien gagn\u00e9: la stature de Mahfouz a ind\u00e9niablement attir\u00e9 vers cette aire culturelle des lecteurs qui n&rsquo;y seraient probablement jamais all\u00e9s spontan\u00e9ment, et a ancr\u00e9 chez les \u00e9diteurs et critiques d&rsquo;ici et d&rsquo;ailleurs l&rsquo;id\u00e9e que pouvaient s&rsquo;y abriter des \u00e9crivains capables d&rsquo;enflammer les imaginaires collectifs par-del\u00e0 les fronti\u00e8res\u2026<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong><em>Un couronnement d&rsquo;\u00e9crivain pour celui qui n&rsquo;a jamais voulu se d\u00e9finir comme tel&#8230;<\/em><\/strong><\/h3>\n<p><strong>On a parfois peine \u00e0 l&rsquo;imaginer au vu de son oeuvre prolifique, mais Mahfouz ne s&rsquo;est pas toujours r\u00eav\u00e9 en \u00e9crivain. Lecteur compulsif, il avait lu et continuait de lire dans tous les domaines, aussi bien des oeuvres produites localement que traduites de l&rsquo;\u00e9tranger. Mais le champ qui l&rsquo;int\u00e9ressait le plus \u00e9tait&#8230; la philosophie. Cela explique du reste pourquoi les questions m\u00e9taphysiques ne sont pas absentes de son oeuvre, comme dans <em>Le Voleur et les chiens<\/em>, voire en forment la colonne vert\u00e9brale, comme dans <em>Awl\u00e2d H\u00e2ratina<\/em> (traduit en fran\u00e7ais sous\u00a0 le titre \u00ab\u00a0Les Fils de la M\u00e9dina\u00a0\u00bb).<\/strong><\/p>\n<p><strong>Par ailleurs, \u00e0 un moment de sa vie, Mahfouz s&rsquo;est trouv\u00e9 incapable d&rsquo;\u00e9crire et a pu penser qu&rsquo;il n&rsquo;avait plus rien \u00e0 dire. Heureusement pour nous, ce moment n&rsquo;a dur\u00e9 que quelques courtes ann\u00e9es, apr\u00e8s quoi il a pu reprendre le fil d&rsquo;une \u0153uvre qui allait nous r\u00e9server maints joyaux.<\/strong><\/p>\n<p><strong>C&rsquo;est apr\u00e8s cette travers\u00e9e du d\u00e9sert que, sans que sa modestie l&rsquo;autorise \u00e0 se d\u00e9finir lui-m\u00eame comme \u00e9crivain, il va tout de m\u00eame embrasser sa vocation d&rsquo;auteur en se m\u00e9nageant \u2013 pour lui-m\u00eame \u2013 un rituel d&rsquo;\u00e9criture, et en encourageant avec beaucoup de bienveillance \u2013 chez les autres \u2013 les talents naissants, comme a pu en t\u00e9moigner son cadet Gamal Ghitany dans le livre d&rsquo;entretiens qu&rsquo;il lui a consacr\u00e9, <em>Mahfouz par Mahfouz<\/em>. En cela, on peut dire que, sans l&rsquo;avoir toujours pressenti ou voulu, Mahfouz \u00e0 r\u00e9ussi \u00e0 incarner \u00e0 nos yeux une figure particuli\u00e8rement attachante de l&rsquo;\u00e9crivain.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong><em>Une r\u00e9compense universelle pour un auteur fonci\u00e8rement \u00e9gyptien&#8230;<\/em><\/strong><\/h3>\n<p><strong>Non seulement Mahfouz s&rsquo;est rarement d\u00e9plac\u00e9 hors d&rsquo;\u00c9gypte \u2013 il ne l&rsquo;a fait qu&rsquo;\u00e0 deux reprises, encore \u00e9tait-ce \u00e0 son corps d\u00e9fendant, contraint par des obligations professionnelles \u2013 mais son \u0153uvre elle-m\u00eame est profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans la capitale \u00e9gyptienne, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment encore dans les quartiers qu&rsquo;il affectionnait. Lorsqu&rsquo;il a\u00a0(une seule fois)\u00a0plant\u00e9 son d\u00e9cor ailleurs, c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 Alexandrie \u2013 une ville qui lui \u00e9tait tout de m\u00eame famili\u00e8re puisque c&rsquo;\u00e9tait son lieu habituel de vill\u00e9giature \u2013 et ce fut <em>Miramar<\/em> et sa formidable pension de famille agit\u00e9e par le souffle des embruns.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mais le paradoxe n&rsquo;est qu&rsquo;apparent: en explorant au plus profond l&rsquo;\u00e2me de ses voisins de patrie, Mahfouz les a certes peints plong\u00e9s dans leur milieu local si particulier, mais il a aussi mis au jour avec une lucidit\u00e9 et une acuit\u00e9 rares les ressorts de leur personnalit\u00e9. Or, ces ressorts-l\u00e0 ne sont-ils pas ceux qui fa\u00e7onnent l&rsquo;\u00e2me humaine, d&rsquo;o\u00f9 qu&rsquo;elle vienne?<\/strong><br \/>\n<strong>A ce titre, on peut dire qu&rsquo;en partant d&rsquo;un environnement extr\u00eamement particulier (voire r\u00e9duit aux dimensions d&rsquo;une minuscule impasse, comme dans <em>Passage des miracles<\/em>), Mahfouz a r\u00e9ussi \u00e0 toucher \u00e0 la plus grande universalit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong>C&rsquo;est ainsi que des hommes et des femmes de tous pays se sont reconnus et continuent de s&rsquo;identifier \u00e0 ses personnages, aussi \u00e9loign\u00e9s d&rsquo;eux qu&rsquo;ils aient pu leur appara\u00eetre de par leur naissance, leur personnalit\u00e9 ou leurs valeurs morales (de \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9pouse \u00ab\u00a0soumise\u00a0\u00bb \u2013 mais pas tant que cela \u2013 de la <em>Trilogie<\/em> au \u00ab\u00a0faiseur d&rsquo;infirmes\u00a0\u00bb du <em>Passage des miracles<\/em>, en passant par le bourreau du <em>Karnak Caf\u00e9<\/em>). Et cela, c&rsquo;est ind\u00e9niablement la marque d&rsquo;un \u00e9crivain universel&#8230;<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a9 Khaled Osman<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1988, il y a de cela 26 ans \u2013 d\u00e9j\u00e0! \u2013, le grand romancier \u00e9gyptien Naguib Mahfouz se voyait d\u00e9cerner le Prix Nobel de litt\u00e9rature, r\u00e9compense signant l&rsquo;accueil de l&rsquo;\u00e9crivain au sein de la litt\u00e9rature mondiale. 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