{"id":56,"date":"2009-11-04T23:12:24","date_gmt":"2009-11-04T22:12:24","guid":{"rendered":"http:\/\/khaledosman.fr\/WordPress\/?p=56"},"modified":"2023-03-12T21:35:13","modified_gmt":"2023-03-12T20:35:13","slug":"traduit-de-lallemand-japon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2009\/11\/traduit-de-lallemand-japon\/","title":{"rendered":"Traduit de l&rsquo;allemand (Japon)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Cette mention n&rsquo;est pas une boutade ni une coquille. Elle\u00a0figure sur la couverture du nouveau livre de Yoko Tawada, romanci\u00e8re\u00a0 japonaise aujourd&rsquo;hui install\u00e9e en Allemagne, intitul\u00e9 <em>Le Voyage \u00e0 Bordeaux<\/em> (Editions Verdier, 2009, traduit par Bernard Banoun). Bien que continuant \u00e0 publier\u00a0en japonais,\u00a0Yoko Tawada a \u00e9crit ce livre ainsi que\u00a0plusieurs autres en allemand. Les questions de langue ne rel\u00e8vent pas seulement du contexte d&rsquo;\u00e9criture, elles sont au coeur du roman, comme l&rsquo;indique le r\u00e9sum\u00e9 ci-dessous:<\/strong><\/p>\n<blockquote><p><strong>Dans ce nouveau roman, elle s&rsquo;invente un double, Yuna, Japonaise venue comme elle \u00e9tudier en Allemagne et r\u00e9sidant \u00e0 Hambourg. Yuna souhaite changer d&rsquo;horizon : son amie Ren\u00e9e lui propose de se rendre \u00e0 Bordeaux pour y apprendre le fran\u00e7ais en logeant dans la maison laiss\u00e9e vacante par son beau-fr\u00e8re, Maurice. Accueillie par celui-ci, Yuna d\u00e9couvre Bordeaux, mais parcourt surtout au fil des pages le labyrinthe de ses souvenirs faits de multiples rencontres, d&rsquo;amiti\u00e9s durables ou \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Sur son carnet, les id\u00e9ogrammes de sa langue maternelle lui servent encore de fragile aide-m\u00e9moire. \u00c0 la Piscine Juda\u00efque de Bordeaux, Yuna perdra le dictionnaire allemand-fran\u00e7ais qu&rsquo;elle avait emport\u00e9 avec elle, embl\u00e8me des rep\u00e8res incertains qui permettent le passage d&rsquo;un monde \u00e0 l&rsquo;autre. Car ce voyage est pour l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne un itin\u00e9raire initiatique, une mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve, et pour Yoko Tawada une mani\u00e8re de renouveler et de subvertir la tradition du roman d&rsquo;apprentissage.<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Yoko Tawada, par le biais de son double, ne cesse en effet de commenter son rapport \u00e0 la langue, \u00e0 l&rsquo;apprentissage des mots, \u00e0 leur sonorit\u00e9 compar\u00e9e dans les diff\u00e9rents idiomes, etc. Par ailleurs,\u00a0la mise en page, tr\u00e8s belle,\u00a0\u00a0reproduit\u00a0une s\u00e9rie d&rsquo;id\u00e9ogrammes\u00a0qui sont int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;histoire.<\/strong><\/p>\n<p><strong>La mention \u00ab\u00a0traduit de l&rsquo;allemand (Japon)\u00a0\u00bb \u00a0invite, \u00a0au-del\u00e0 m\u00eame de ce projet particulier, \u00e0 d&rsquo;autres r\u00e9flexions.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Remarquons tout d&rsquo;abord qu&rsquo;on\u00a0s&rsquo;est\u00a0habitu\u00e9 depuis une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es \u00e0 pr\u00e9ciser le pays auquel est rattach\u00e9e la langue\u00a0d&rsquo;\u00e9criture. On a vu ainsi fleurir les livres traduits par exemple de l&rsquo;anglais (Australie) ou de l&rsquo;allemand (Autriche), parfois jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;absurde.<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;exemple de\u00a0l&rsquo;arabe\u00a0est \u00e9galement int\u00e9ressant. Autrefois, un\u00a0livre \u00e9crit dans cette langue\u00a0\u00e9tait simplement \u00ab\u00a0traduit de l&rsquo;arabe\u00a0\u00bb, et cette mention semblait suffisante. Elle\u00a0l&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;autant plus\u00a0que l&rsquo;arabe litt\u00e9raire est une langue relativement homog\u00e8ne d&rsquo;un pays \u00e0 l&rsquo;autre, contrairement \u00e0 l&rsquo;arabe parl\u00e9 qui, lui, se d\u00e9cline en une multitude de \u00ab\u00a0patois\u00a0\u00bb diff\u00e9rents, d&rsquo;autant plus diff\u00e9rents qu&rsquo;ils sont \u00e9loign\u00e9s g\u00e9ographiquement. Ainsi, l&rsquo;arabe parl\u00e9 au Maroc est-il \u00e0\u00a0ce point diff\u00e9rent de celui parl\u00e9\u00a0au Soudan\u00a0ou au Yemen\u00a0que des\u00a0locuteurs de ces pays s&rsquo;exprimant en pur patois risquent fort de ne pas se comprendre.\u00a0 Pourtant, la pratique s&rsquo;est aujourd&rsquo;hui\u00a0install\u00e9e de pr\u00e9ciser\u00a0quasi-syst\u00e9matiquement\u00a0le\u00a0pays d&rsquo;origine. En fait, cette pr\u00e9cision n&rsquo;est\u00a0justifi\u00e9e que pour ceux de ces romans qui sont partiellement (au moins dans les dialogues) ou compl\u00e8tement \u00e9crits en\u00a0arabe dialectal.\u00a0 Pour des livres enti\u00e8rement \u00e9crits en arabe litt\u00e9raire (y compris, par convention, dans les dialogues), la pr\u00e9cision ne s&rsquo;imposerait pas, du moins linguistiquement.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Cette r\u00e9flexion vaudrait probablement aussi pour beaucoup d&rsquo;autres langues. Seuls devraient porter ladite mention les livres traduits d&rsquo;une langue dont la d\u00e9clinaison dans ledit pays est tellement sp\u00e9cifique qu&rsquo;elle pourrait presque \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une langue diff\u00e9rente.\u00a0 Pourtant, la mention continue d&rsquo;\u00eatre port\u00e9e sur la quasi-totalit\u00e9 des livres. A cela, il y a peut-\u00eatre une\u00a0raison pratique: les \u00e9diteurs y voient le moyen pour le lecteur de \u00ab\u00a0situer\u00a0\u00bb\u00a0imm\u00e9diatement\u00a0l&rsquo;ouvrage. En lisant sur la couverture \u00ab\u00a0traduit de l&rsquo;anglais (Inde)\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0traduit de l&rsquo;espagnol (Argentine)\u00a0\u00bb, on conna\u00eet imm\u00e9diatement la provenance\u00a0&#8211; du moins linguistique &#8211; du texte,\u00a0ce que le seul nom de l&rsquo;auteur, particuli\u00e8rement s&rsquo;il n&rsquo;a pas encore de notori\u00e9t\u00e9, ne suffirait pas toujours \u00e0 \u00e9tablir.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ajoutons que cette pratique semble\u00a0\u00eatre relativement hexagonale. Sauf erreur, les\u00a0anglo-saxons traduisant\u00a0par exemple un auteur belge\u00a0francophone n&rsquo;ont pas pour habitude d&rsquo;indiquer \u00ab\u00a0translated from the French\u00a0(Belgium)\u00a0\u00bb. \u00a0Pourquoi dans ce cas ne pas mentionner\u00a0pour les traductions en d&rsquo;autres langues de\u00a0Zola ou de Balzac\u00a0 \u00ab\u00a0traduit du fran\u00e7ais (France)\u00a0\u00bb?\u00a0Le mentionner est absurde, mais s&rsquo;abstenir\u00a0alors qu&rsquo;on le fait pour tous les autres fran\u00e7ais parl\u00e9s ailleurs n&rsquo;instaure-t-il pas une\u00a0sorte de\u00a0hi\u00e9rarchie, comme si le fran\u00e7ais de France \u00e9tait le seul v\u00e9ritable fran\u00e7ais et, \u00e0 ce titre, le seul qui m\u00e9rite\u00a0d&rsquo;\u00eatre dispens\u00e9 de\u00a0toute mention?\u00a0Les Suisses ou les\u00a0Qu\u00e9becquois ne seraient-ils pas fond\u00e9s \u00e0 protester?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mais poussons plus loin le parall\u00e8le; comment r\u00e9agirait-on si\u00a0la traduction en anglais du\u00a0<em>Nedjma<\/em> de Kateb Yacine\u00a0indiquait \u00ab\u00a0translated from the French (Algeria)\u00a0\u00bb? La seule pr\u00e9cision qui s&rsquo;impose, \u00a0s&rsquo;agissant de\u00a0<em>Nedjma<\/em>, est que ce livre est \u00e9crit dans\u00a0un\u00a0fran\u00e7ais&#8230; magnifique. Bien s\u00fbr, le roman exsude\u00a0l&rsquo;alg\u00e9rianit\u00e9\u00a0par tous les pores &#8211; \u00e0 tel point qu&rsquo;on a pu le consid\u00e9rer comme embl\u00e9matique d&rsquo;une certaine expression alg\u00e9rienne -, mais c&rsquo;est moins\u00a0la syntaxe ou le lexique qui sont ainsi teint\u00e9s\u00a0que la construction du roman et\u00a0l&rsquo;univers mental des personnages.\u00a0A l&rsquo;inverse,\u00a0une traduction d&rsquo;Alain Mabanckou dans une autre langue gagnerait\u00a0sans doute \u00e0 pr\u00e9ciser qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un fran\u00e7ais d&rsquo;Afrique ou du Congo,\u00a0tant sa langue est marqu\u00e9e par les particularismes linguistiques de cette r\u00e9gion (sans parler du fait que Mabanckou vit dans la partie anglophone du Canada&#8230; mais bon, on va pas compliquer, hein!)<\/strong><\/p>\n<p><strong>Si nous\u00a0\u00a0revenons, pour finir,\u00a0\u00e0 l&rsquo;exemple du \u00ab\u00a0traduit de l&rsquo;allemand (Japon)\u00a0\u00bb, ne serait-ce\u00a0pas l&rsquo;occasion de l\u00e2cher la bride \u00e0 l&rsquo;imagination pour envisager les r\u00e9conciliations\u00a0les plus insolites:\u00a0 traduit du\u00a0kurde (Turquie),\u00a0du persan (Etats-Unis),\u00a0de l&rsquo;h\u00e9breu (Palestine)\u00a0 ou\u00a0de l&rsquo;am\u00e9ricain (Cuba)? Ce serait en tout cas une fa\u00e7on de montrer que les langues, elles,\u00a0ne sont pas en guerre&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>\u00a9 Khaled Osman<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette mention n&rsquo;est pas une boutade ni une coquille. Elle\u00a0figure sur la couverture du nouveau livre de Yoko Tawada, romanci\u00e8re\u00a0 japonaise aujourd&rsquo;hui install\u00e9e en Allemagne, intitul\u00e9 Le Voyage \u00e0 Bordeaux (Editions Verdier, 2009, traduit par Bernard Banoun). Bien que continuant&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2009\/11\/traduit-de-lallemand-japon\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[16,25,26,271],"class_list":["post-56","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized","tag-palestine","tag-traduit-de-lallemand","tag-traduit-de-larabe","tag-yoko-tawada"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=56"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/56\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=56"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=56"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=56"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}