{"id":561,"date":"2015-10-20T15:16:59","date_gmt":"2015-10-20T13:16:59","guid":{"rendered":"http:\/\/khaledosman.fr\/blog\/?p=561"},"modified":"2025-02-12T08:38:15","modified_gmt":"2025-02-12T07:38:15","slug":"2084-et-sans-ca-lislam-du-futur-cest-comment","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2015\/10\/2084-et-sans-ca-lislam-du-futur-cest-comment\/","title":{"rendered":"2084: et sans \u00e7a,  l&rsquo;islam du futur, c&rsquo;est comment?"},"content":{"rendered":"<p><strong>L&rsquo;impression qui domine apr\u00e8s la lecture de <em>2084<\/em>, le dernier roman de Boualem Sansal, est celle d&rsquo;un \u00e9norme malentendu, d&rsquo;un hiatus entre le contenu v\u00e9ritable du livre (ce qu&rsquo;il donne r\u00e9ellement \u00e0 lire) et son contenu annonc\u00e9 (une description d&rsquo;un monde dans lequel un islam totalitaire aurait triomph\u00e9).<\/strong><\/p>\n<p><strong>La r\u00e9cup\u00e9ration id\u00e9ologique \u00e0 laquelle il se pr\u00eate si facilement fait qu&rsquo;il <\/strong><!--more--><strong style=\"color: #333333; font-style: normal;\">.devient difficile de le lire sans \u00eatre encombr\u00e9 par un paratexte fait de jugements p\u00e9remptoires et de colportage de rumeurs ayant tant\u00f4t pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 sa lecture, tant\u00f4t suivi sa non-lecture (ou sa mal-lecture).<\/strong><\/p>\n<p><strong>Tous ceux qui ont parl\u00e9 de ce livre apr\u00e8s l&rsquo;avoir lu &#8211; et pour certains, manifestement sans l&rsquo;avoir lu -, se sont de fait r\u00e9pandu sur sa puissante d\u00e9nonciation d&rsquo;un monde futur o\u00f9 le totalitarisme islamique, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 nos portes actuellement, r\u00e9gnerait en ma\u00eetre.<\/strong><\/p>\n<p><strong> Il faut dire qu&rsquo;ils b\u00e9n\u00e9ficient, pour tenir ce propos, d&rsquo;une caution de taille, celle de&#8230; l&rsquo;auteur lui-m\u00eame. Boualem Sansal n&rsquo;a cess\u00e9 en effet, dans tous ses entretiens donn\u00e9s en marge de la parution, de clamer qu&rsquo;il avait voulu mettre en garde le monde, pendant qu&rsquo;il en est encore temps, contre le p\u00e9ril islamiste, que ce p\u00e9ril n&rsquo;\u00e9tait pas seulement une menace future, mais bien pr\u00e9sente, qu&rsquo;ici m\u00eame en France, on pouvait le voir d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;oeuvre.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sansal, qui n&rsquo;est pas n\u00e9 de la derni\u00e8re pluie, savait fort bien ce qu&rsquo;il faisait en orientant de cette fa\u00e7on la promotion de son livre. Il capte parfaitement les peurs qui s&rsquo;expriment en France, tout comme il per\u00e7oit les discours [hyst\u00e9riques] qui, sous couvert de \u00ab\u00a0d\u00e9noncer la radicalisation \u00e0 l&rsquo;oeuvre autour de nous\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0d\u00e9fendre nos valeurs de libert\u00e9\u00a0\u00bb, l\u00e2chent souvent la bride \u00e0 une parole haineuse contre les citoyens de confession musulmane.<\/strong><br \/>\n<strong> Sansal savait fort bien qu&rsquo;en nourrissant ces peurs, il cr\u00e9erait une effervescence m\u00e9diatique autour de son roman, et qu&rsquo;il b\u00e9n\u00e9ficierait de l&rsquo;adh\u00e9sion [elle aussi g\u00e9n\u00e9ratrice de \u00ab\u00a0buzz\u00a0\u00bb] des intellectuels rancis, qui ne manqueraient pas de voir dans cette vision apocalyptique une confirmation de leur propre discours, sur le mode \u00ab\u00a0qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on vous disait\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0ceux-l\u00e0 m\u00eames qui connaissent cette culture de l&rsquo;int\u00e9rieur ne disent pas autre chose que nous\u00a0\u00bb.<\/strong><br \/>\n<strong> Et c&rsquo;est exactement ce qui s&rsquo;est produit, depuis Houellebecq s&rsquo;exclamant dans un rictus: <em>\u00ab\u00a0Sansal est bien pire que moi!\u00a0\u00bb<\/em>, jusqu&rsquo;\u00e0 [ce pauvre] Finkielkraut se r\u00e9jouissant ostensiblement de l&rsquo;aubaine.<\/strong><\/p>\n<p><strong>M\u00eame les critiques litt\u00e9raires, cens\u00e9s pourtant \u00eatre des lecteurs aguerris, se sont pour la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 d&rsquo;entre eux content\u00e9s de jugements superficiels. Voir \u00e0 ce sujet le traitement indigent du roman par les critiques de l&rsquo;\u00e9mission \u00ab\u00a0Le Masque et la Plume\u00a0\u00bb sur France Inter. Apr\u00e8s avoir lou\u00e9 un peu m\u00e9caniquement \u00ab\u00a0le courage de l&rsquo;auteur\u00a0\u00bb, presque tous ont fait part de leur difficult\u00e9 \u00e0 lire un livre qu&rsquo;ils ont trouv\u00e9 \u00ab\u00a0ennuyeux\u00a0\u00bb [sic], comme Michel Cr\u00e9pu [qui de toute fa\u00e7on n&rsquo;a jamais fini un des livres qu&rsquo;il avait \u00e0 chroniquer] et ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 parler autour du roman que de parler du roman. Ainsi de la [gourde Nelly] Kapri\u00e8lian s&rsquo;indignant qu&rsquo;apr\u00e8s le <i>Soumission<\/i> de [son petit Michel] Houellebecq, <em>\u00ab\u00a0tout le monde lui [soit] tomb\u00e9 dessus \u00e0 bras raccourcis\u00a0\u00bb<\/em>, comme si, a-t-elle feint de d\u00e9plorer, il fallait <em>\u00ab\u00a0\u00eatre alg\u00e9rien ou musulman pour pouvoir critiquer l&rsquo;islam\u00a0\u00bb<\/em>.<\/strong><br \/>\n<strong> Seul Arnaud Viviant [apr\u00e8s tout de m\u00eame un bon mot comme quoi <em>\u00ab\u00a0s&rsquo;il a fallu du courage pour \u00e9crire ce roman, il en faut aussi pour le lire\u00a0\u00bb<\/em>], a eu assez de lucidit\u00e9 pour dire que l&rsquo;islam n&rsquo;\u00e9tait jamais mentionn\u00e9 dans le roman et que le message n&rsquo;\u00e9tait pas clair, que s&rsquo;il fallait \u00e9tablir un parall\u00e8le, c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t avec la nouvelle de Kafka <i>\u00c0 la colonie p\u00e9nitentiaire<\/i> qui jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour n&rsquo;a jamais vraiment \u00e9t\u00e9 d\u00e9crypt\u00e9e et dont l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se reste \u00e0 faire.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Une fois d\u00e9barrass\u00e9 de ces consid\u00e9rations qui parasitent sa r\u00e9ception, il faut donc lire <em>2084<\/em> pour ce qu&rsquo;il est, \u00e0 savoir un livre plus complexe, sans doute aussi plus ambigu que le message univoque auquel on a voulu le r\u00e9duire.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Entendons-nous bien, loin de moi l&rsquo;id\u00e9e de pr\u00e9tendre qu&rsquo;une certaine forme islamique\/islamiste de totalitarisme n&rsquo;est pas dans la ligne de mire de Sansal. Simplement, il semblerait que la dynamique du roman l&rsquo;ait entra\u00een\u00e9 loin de sa cible premi\u00e8re, soit que l&rsquo;auteur ait voulu rendre son propos g\u00e9n\u00e9rique pour toutes les formes d&rsquo;id\u00e9ologie extr\u00eame, soit qu&rsquo;il ait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e9vit\u00e9 de s&rsquo;y attaquer de front (litt\u00e9rairement j&rsquo;entends), pr\u00e9f\u00e9rant interposer entre elle et ses piques une sorte d&rsquo;\u00e9cran virtuel qui la rend m\u00e9connaissable.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Bien s\u00fbr, tout lecteur du roman un tant soit peu familier du contexte per\u00e7oit imm\u00e9diatement que les rituels pr\u00eat\u00e9s \u00e0 ladite religion totalitaire renvoient \u00e0 l&rsquo;islam, moyennant quelques petits glissements assez transparents. Ainsi, la grande pri\u00e8re du vendredi qui devient \u00ab\u00a0<i>La grande Imploration du jeudi\u00a0\u00bb<\/i>, le mois du Ramadan qui devient la \u00ab\u00a0<i>semaine de l&rsquo;Abstinence totale\u00a0\u00bb<\/i>, les cinq pri\u00e8res quotidiennes qui deviennent neuf, etc. Avec une inventivit\u00e9 qui force l&rsquo;admiration, Sansal forge tout un lexique religieux \u00e0 partir de mots \u00e9trangers qu&rsquo;il tire vers des sonorit\u00e9s p\u00e9joratives (la mosqu\u00e9e qui devient la \u00ab\u00a0<i>mockba\u00a0\u00bb<\/i>, Allah qui devient \u00ab\u00a0<i>Y\u00f6lah\u00a0\u00bb<\/i>), ou en choisissant des synonymes \u00e0 valeur d\u00e9pr\u00e9ciative (le pr\u00e9dicateur qui devient \u00ab\u00a0le r\u00e9p\u00e9titeur\u00a0\u00bb et le Proph\u00e8te qui devient \u00ab\u00a0<i>le D\u00e9l\u00e9gu\u00e9\u00a0\u00bb<\/i>). Mais au-del\u00e0 de ce parall\u00e9lisme somme toute anecdotique, est-on bien s\u00fbr que la religion vis\u00e9e soit celle d&rsquo;un l&rsquo;islam qui, laissant libre cours \u00e0 sa dimension pros\u00e9lyte et \u00e0 sa propension th\u00e9ocratique, aurait \u00e9tendu son emprise sur le monde?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le fait que l&rsquo;islam ne soit pas explicitement nomm\u00e9 ne suffit \u00e9videmment pas \u00e0 d\u00e9montrer le point. Mais si le propos \u00e9tait de critiquer l&rsquo;islam ou ses d\u00e9rives, il existerait un code simple permettant de d\u00e9crypter le travail de Sansal, en postulant par exemple que le Gkabul figure le Coran et que le proph\u00e8te Muhammad se dissimule sous le nom d&rsquo; \u00ab\u00a0Abi\u00a0\u00bb (au m\u00eame titre que dans les <i>Versets sataniques<\/i>, Salman Rushdie avait rebaptis\u00e9 son proph\u00e8te \u00ab\u00a0Mahound\u00a0\u00bb).<\/strong><\/p>\n<p><strong>Or, ce n&rsquo;est en aucune fa\u00e7on ce qui ressort d&rsquo;une lecture attentive du roman. Car on a beau examiner le texte sous toutes les coutures, le retourner dans tous les sens, difficile de voir dans le livre saint d\u00e9crit par le roman une extrapolation, m\u00eame futuriste, du Coran.\u00a0Les extraits du fameux Gkabul, cit\u00e9s \u00e7a et l\u00e0, empruntent certes \u00e0 la vulgate musulmane sa structure en \u00ab\u00a0chapitres\u00a0\u00bb et en \u00ab\u00a0versets\u00a0\u00bb (avec toutefois une subdivision sup\u00e9rieure en \u00ab\u00a0livres\u00a0\u00bb). Mais ils n&rsquo;ont \u00e0 voir, dans leur contenu, ni de pr\u00e8s ni de loin avec le message coranique.<\/strong><\/p>\n<p><strong><span id=\"__mceDel\"><em> \u00ab\u00a0Quand Y\u00f6lah parle, il ne dit pas des mots, il cr\u00e9e des univers et ces univers sont des perles de lumi\u00e8re irradiante autour de son cou[&#8230;]\u00a0\u00bb<\/em> (p. 96).<br \/>\nPla\u00eet-il? De son cou?!<br \/>\nOu encore:<br \/>\n<em>\u00ab\u00a0[&#8230;] J&rsquo;ordonne que vous vous soumettiez aux contr\u00f4leurs, qu&rsquo;ils soient de la Juste Fraternit\u00e9, de l&rsquo;Appareil, de l&rsquo;Administration ou de la libre initiative de mes fid\u00e8les croyants.\u00a0\u00bb<\/em> (p. 146)<br \/>\nImagine-t-on le dieu de l&rsquo;islam ou m\u00eame d&rsquo;un islam d\u00e9voy\u00e9 parler de contr\u00f4leurs?<br \/>\nQuant \u00e0 Abi, il est au moins un d\u00e9tail qui le prive d\u00e9finitivement de toute pr\u00e9tention \u00e0 incarner un proph\u00e8te, m\u00eame futuriste, de l&rsquo;islam: sa photo placard\u00e9e en poster g\u00e9ant dans tous les coins de l&rsquo;Abistan&#8230;<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>Il e\u00fbt pourtant \u00e9t\u00e9 loisible \u00e0 l&rsquo;auteur, sinon d&rsquo;imiter (puisqu&rsquo;on ne saurait imiter un texte pos\u00e9 comme inimitable), du moins de parodier les versets du Coran qui donnent mati\u00e8re \u00e0 controverse, en les d\u00e9formant juste assez pour apporter de l&rsquo;eau au moulin de sa th\u00e8se. Mais il ne l&rsquo;a pas fait.<\/strong><br \/>\n<strong> En ce sens, le travail de Sansal est tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui qu&rsquo;avait accompli Rushdie dans ses <i>Versets sataniques<\/i>, lequel partait d&rsquo;une connaissance intime des textes et des dogmes musulmans pour tenter non sans furie de les dynamiter de l&rsquo;int\u00e9rieur.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mais alors, si cette religion n&rsquo;est ni l&rsquo;islam, ni ce que celui-ci pourrait devenir (est d\u00e9j\u00e0 devenu, \u00e0 en croire Sansal) avec le triomphe de sa dimension totalitaire, quelle est-elle?<\/strong><br \/>\n<strong> La r\u00e9ponse est donn\u00e9e dans le roman, quoique de mani\u00e8re fugace (tellement fugace que la plupart des critiques sont pass\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9):<\/strong><br \/>\n<strong> <em>\u00ab\u00a0Il aurait trouv\u00e9 des indices donnant \u00e0 penser que le Gkabul \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9nonc\u00e9 comme une forme gravement d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e d&rsquo;une brillante religion d&rsquo;alors que l&rsquo;histoire et les vicissitudes avaient mise sur une mauvaise pente [&#8230;]\u00a0\u00bb<\/em> (p. 206).<\/strong><br \/>\n<strong> Et plus loin:<\/strong><br \/>\n<strong> <i> \u00ab\u00a0[Le Gkabul] viendrait de loin, du d\u00e9r\u00e8glement interne d&rsquo;une religion ancienne [&#8230;] dont les ressorts et les pignons avaient \u00e9t\u00e9 cass\u00e9s par l&rsquo;usage violent et discordant qui en avait \u00e9t\u00e9 fait au cours des si\u00e8cles. [&#8230;] Des aventuriers sentant la fin proche autour d&rsquo;eux d\u00e9cid\u00e8rent de cr\u00e9er une nouvelle religion sur les d\u00e9combres de l&rsquo;ancienne.\u00a0\u00bb<\/i> (p. 251).<\/strong><br \/>\n<strong> Ainsi donc, nous parlons d&rsquo;une religion <span style=\"text-decoration: underline;\">nouvelle<\/span>, cr\u00e9\u00e9e apr\u00e8s une premi\u00e8re apocalypse (survenue d\u00e9j\u00e0 au XXe si\u00e8cle, \u00e9poque nostalgique s&rsquo;il en est puisqu&rsquo;on y trouvait encore des tables et des chaises), par une clique de vauriens, les \u00ab\u00a0Fr\u00e8res messagers\u00a0\u00bb:<\/strong><br \/>\n<strong> <em>\u00ab\u00a0Bonne id\u00e9e, ils empruntaient <\/em>[pour inventer leur religion]<em> ce qu&rsquo;il restait de force \u00e0 la premi\u00e8re et qui s&rsquo;ajoutait \u00e0 la nouvelle.<\/em>\u00ab\u00a0<\/strong><br \/>\n<strong> Bref, il est question d&rsquo;une religion qui a aussi peu de rapport avec l&rsquo;islam ou m\u00eame l&rsquo;islamisme que la secte Aum n&rsquo;en a avec le bouddhisme.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Certes, on peut estimer que cela n&rsquo;enl\u00e8ve rien aux d\u00e9nonciations par l&rsquo;auteur des m\u00e9canismes totalitaires, des processus d&rsquo;abdication du libre-arbitre, des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;assujettissement par diffusion de la terreur et cr\u00e9ation d&rsquo;un ennemi imaginaire, de l&rsquo;exploitation de la religion \u00e0 des fins mercantiles, d\u00e9nonciations kafka\u00efennes qui sont en effet l&rsquo;occasion de pages parmi les plus fortes et les plus convaincantes du livre.<\/strong><br \/>\n<strong> On peut aussi y voir une virulente &#8211; et brillante &#8211; critique de la bureaucratie et de l&rsquo;affairisme, que l&rsquo;auteur aurait simplement d\u00e9plac\u00e9s dans le champ religieux, par exemple lorsqu&rsquo;il raille la propension des technocrates \u00e0 cr\u00e9er des acronymes (le Jour b\u00e9ni du p\u00e8lerinage qui devient \u00ab\u00a0le Job\u00e9\u00a0\u00bb, les Comit\u00e9s de redressement &#8211; religieux &#8211; qui deviennent \u00ab\u00a0les Cor\u00e9\u00a0\u00bb, etc.), ou lorsqu&rsquo;il d\u00e9crit les rivalit\u00e9s entres dignitaires pour s&rsquo;accaparer les b\u00e9n\u00e9fices d&rsquo;un gros chantier.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il n&#8217;emp\u00eache, pourquoi instiller la confusion en nous \u00ab\u00a0vendant\u00a0\u00bb le roman pour ce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas? Une critique d&rsquo;un monde totalitaire ne vaut-elle que si elle permet d&rsquo;agiter dans l&rsquo;opinion (d\u00e9j\u00e0 suffisamment matraqu\u00e9e sur ce sujet) l&rsquo;\u00e9pouvantail de l&rsquo;islam &#8211; ou des formes perverties que celui-ci, plus que toute autre croyance ou id\u00e9ologie, rec\u00e8lerait en son sein? Comme si la fin des combats politiques et sociaux, l&rsquo;appauvrissement du d\u00e9bat intellectuel, le triomphe du capitalisme lib\u00e9ral et le r\u00e8gne tout-puissant des m\u00e9dias ne suffisaient pas \u00e0 nourrir une dystopie tout aussi effrayante!<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il n&rsquo;est pas s\u00fbr enfin que cette confusion d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment entretenue serve le roman, car elle court le risque de d\u00e9cevoir \u00e0 la fois ceux qui prennent pour argent comptant le plan marketing de l&rsquo;auteur (ceux-ci seront d\u00e9\u00e7us de ne pas y trouver une critique plus \u00ab\u00a0saignante\u00a0\u00bb de l&rsquo;islamisme) et ceux qui voudraient appr\u00e9hender le texte sur un plan plus litt\u00e9raire (ceux-l\u00e0 seront d\u00e9\u00e7us par le manque de vraisemblance psychologique du personnage d&rsquo;Ati, et aussi par un d\u00e9nouement un peu trivial par rapport \u00e0 l&rsquo;envol\u00e9e qui aurait pu couronner la lente mont\u00e9e en puissance du roman).<\/strong><\/p>\n<p><strong>On ne peut que le regretter tant il est \u00e9vident que Boualem Sansal est, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale, l&rsquo;un des plus grands \u00e9crivains d&rsquo;expression fran\u00e7aise en activit\u00e9. Quand bien m\u00eame le roman ne tiendrait pas ses promesses (non pas celles, finalement tr\u00e8s r\u00e9ductrices, d&rsquo;un r\u00e8glement\u00a0de comptes id\u00e9ologique, mais celles de la f\u00eate qu&rsquo;on se faisait \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de lire un nouveau Sansal), il n&rsquo;en reste pas moins qu&rsquo;il \u00e9blouit par la virtuosit\u00e9 de sa langue et par la ma\u00eetrise totale de ses moyens d&rsquo;expression, alliant pr\u00e9cision de la phrase et humour d\u00e9vastateur. Ne serait-ce que pour ces qualit\u00e9s-l\u00e0, <i>2084<\/i> m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre lu.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a9 Khaled Osman<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8212;&#8212;&#8212;-<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>2084<\/em>, Boualem Sansal, \u00e9d. Gallimard, 2015<\/strong><\/p>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-751\" src=\"http:\/\/khaledosman.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/image-202x300.jpeg\" alt=\"image\" width=\"202\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/image-202x300.jpeg 202w, https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/image.jpeg 547w\" sizes=\"auto, (max-width: 202px) 100vw, 202px\" \/><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;impression qui domine apr\u00e8s la lecture de 2084, le dernier roman de Boualem Sansal, est celle d&rsquo;un \u00e9norme malentendu, d&rsquo;un hiatus entre le contenu v\u00e9ritable du livre (ce qu&rsquo;il donne r\u00e9ellement \u00e0 lire) et son contenu annonc\u00e9 (une description d&rsquo;un&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/2015\/10\/2084-et-sans-ca-lislam-du-futur-cest-comment\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[309,5],"tags":[42,68,41,12,48,46,63,45,47,50],"class_list":["post-561","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-critiquelitteraire","category-litterature","tag-algerie","tag-arnaud-viviant","tag-sansal","tag-islam","tag-islamisme","tag-le-masque-et-la-plume","tag-litterature-arabe-francophone","tag-michel-crepu","tag-nelly-kaprielian","tag-salman-rushdie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/561","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=561"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/561\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3230,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/561\/revisions\/3230"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=561"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=561"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.khaledosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=561"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}